Jeunes corps balafrés, jeunes cœurs déchirés. On a écrit l'amour sur notre peau, on l'a gravé, profond, sans pitié on l'a torturée, éraflée, découpée. Pour étouffer notre peine, pour crier a l'aide aussi, pour refléter notre cœur un peu trop saignant en ces beaux jours d'antan.
On pensait que ça durerait toujours, et aujourd'hui ce ne sont que de pâles reflets. Mais ne pensez pas que vous serez oubliés, premiers amours juvéniles, ne pensez pas partir comme ça impunément. Ne pensez pas que vos portraits n'apparaissent pas dans toutes les flaques sur nos chemins, ne pensez pas que vos visages ne nous hantent pas. Ne pensez pas que quand on en parle, on n'invente pas nos sourires, ne pensez que c'est devenu évident.
Chaque cicatrice sur notre corps raconte son histoire, sur un ton indifférent, sur un mensonge, sur des yeux détournés, sur un fond de vérité. Chaque cicatrice rappelle la peine passée, a peine enfouie sous le silence de l'oubli, toujours vivace, là, pas si loin. Chaque petite marque, fut elle effacée par le temps, gommée par le vent, est toujours aussi présente, et l'on voit toujours ses fantômes, comme ils étaient visibles jadis, nous qui connaissons son emplacement, nous qui l'avons découpée amoureusement.
Désenchantement.
Et ça fait mal de perdre cette douleur, ça fait mal de se dire qu'aujourd'hui d'un coup c'était passé, ça fait mal de se dire que nos amours ne sont plus ceux d'autrefois. Et ça fait mal de s'en rappeler, quand le moindre mot nous évoque les visions de notre être en morceaux. On ne veut plus de ça, et pourtant tous les jours on regrette, on ne veut pas se fermer au futur, et pourtant on se barricade.
Plus jamais ça, et pourtant on en redemande.
On s'enferme, sous prétexte qu'il ne fallait pas, et nos reflets aux yeux innocents frappent désespérément contre la vitre qu'on leur oppose, et on détourne pudiquement les yeux, en se disant qu'on a grandi.
2 commentaires:
Et l'on réfute le fait de grandir. Marquant nos peaux, enfumant nos poumons, maigrissant à vu d'oeil, bédavant comme de porcs, buvant comme des chiennes en rutes.
Ca fait mal, le passé, qu'il soit beau ou pas. Il brûle pour mieux nous embraser. Il faudrait qu'il n'existe pas. Mais pourtant, on se bat pour l'aimer.
Et l'on souffre dans l'indifférence du silence.
J'ai peur.
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