mercredi 26 novembre 2008

Haine Amoureuse

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Ils n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop pareils, ils ne pouvaient que filer dans des directions différentes. Et maintenant, liés, ils s'entre-déchiraient, dans une fuite désespérée l'un de l'autre, chacun devant poursuivre sa route de son côté.
Ils ne pouvaient être ensemble, et ne pouvaient plus se séparer.
Chacun était l'opposé de l'autre en tous points, et c'est pourquoi ils n'auraient pu être plus identiques. Des routes contraires les avaient menés au même point, et chacun tirant aussi fort que l'autre, aucun ne pouvait continuer sur sa voie.
Elle était née millionnaire, et il était parti de rien, elle n'avait plus un sou, et lui ne savait plus quoi faire des siens. Petite fille elle avait été négligée et oubliée de tous, quand lui n'avait reçu que tout l'amour du monde.
Morts en sursis, tenus a la gorge l'un par l'autre, ils débordaient d'autant plus de vie. Un baiser était accompagné d'une gifle, un mot d'amour d'une insulte cinglante, la passion de coups, un plat d'un poison.
Ils n'avaient pas voulu ça, du moins ils ne s'en rendaient pas compte. Mais c'était comme ça, et leur destruction mutuelle était sublime, et rayonnante d'un amour aveuglant.
Un jour, leur décapotable rouge étant le théâtre d'une joute épique, elle fut oubliée instant, et s'enfonça dans un immense camion, qui se trouvait être chargé de feux d'artifice, ironiquement destinés a la fête de l'armistice. Une étincelle de feu et de haine amoureuse mit le feu a l'essence qui alluma les mèches innombrables. L'explosion fut sublime, immense et magnifique, comme un hymne a l'amour de ceux dont les corps tournoyaient, morcelés, parmi les étincelles multicolores.
Il s'appelait Adrien, et elle se nommait Meissam.


jeudi 20 novembre 2008

L'Eternité comme sanctuaire.

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Riche, sublime, elle crut longtemps avoir le monde a ses pieds. Ce n'était pas vraiment faux. Blonde, fine, une attitude féline, c'était en affaires un adversaire invincible. Seulement, ses secrets étaient lourds, et sans public, elle ployait.

Elle avait alors conclu un pacte avec le Diable, car elle pensait être plus rusée que lui. Sa proposition était honnête par ailleurs, son âme contre l'Eternité comme sanctuaire. Elle savait que face a Dieu, elle n'avait aucune chance, ce serait un aller simple vers le Purgatoire, voire les Enfers. Et elle avait trop peur du noir. Alors elle avait voulu l'Eternité.
Mais on ne peut compter sur le Diable, et elle aurait dû le savoir.
Le jour où elle mourut, qui ne ta
rda guère, ses ennemis étant nombreux, il lui donna ce qu'il avait promis. Bien sûr, c'était loin de ce qu'elle avait pu croire.
Elle s'était retrouvée dans une plaine de glace, envahie de vents hurlants et déchaînés, sans pitié, avec au milieu, un château, resplendissant et translucide, d'une beauté époustouflante, dans lequel il régnait une température a fendre verre.

Elle s'était plue ici, les premiers jours, dans cette beauté épurée et majestueuse, dans ce paysage froid, désolé et stérile qui était en si parfaite osmose avec son cœur. C'était beau. Elle était seule.
La deuxième année, elle s'ennuyait a mourir, mort constante et impossible. Elle appela le Diable, qui ne voulut rien entendre. La cinquième année, elle était métamorphosée, et avait perdu toute sa superbe. Elle n'étais plus que l'ombre d'elle même, pauvre âme errante et solitaire.
La dixième année, son esprit autrefois si puissant, avait cédé. Elle qui pensait avoir trouvé la sérénité et la salvation, elle n'avait eu que la folie, et la glace. Hors elle avait vendu son âme, son uniq
ue possession sans valeur déterminée, sa plus précieuse aussi, et elle ne voulait plus qu'une chose, sortir de cette froideur, de ces espaces infinis, de cette solitude désespérée.
Mais n'avait plus rien a offrir au Diable, et était hors d'atteinte de Dieu. Pour toujours, elle resterait là.
Pourtant, elle avait tout essayé, sauté depuis l'une des tours translucides, c'était enterrée des semaines durant sous la neige, transformée peu a peu en gel, dont elle avait fini par s'arracher a la force des ongles, s'était empalée sur d'innombrables stalactites.

Et maintenant, elle ne savait plus rien, et ne bougeait plus. Son corps était détruit, et son esprit aliéné cognait contre sa prison, sans espoir d'évasion. Elle restait dans ce coin, prostrée, son dos accolé a la paroi de gel, son corps déchiqueté pendant en lambeaux putrides, quelques chiffons, vestige de ce qui était autrefois de somptueux vêtements, collés dessus par le sang séché, versé par les plaies innombrables.
C'est a jamais qu'elle resterait ainsi, se demandant a l'infini comment elle avait pu en arriver là.


Son corps guérirait, il avait le temps ... Elle? Non.



lundi 17 novembre 2008

Abîme infini.


Maman prenait un bain, et la petite fille en profitait pour fouiller dans le grand sac en cuir, comme elle aimait tant a le faire. On y trouvait toujours toutes sortes de choses passionnantes: des bonbons, le téléphone, qu'elle détestait, qui la privait toujours de maman, des choses dont elle ne connaissait pas l'utilité, qu'elle ne se lassait pas de contempler, d'ouvrir, de fermer, triturer. Il y avait le poudrier, aussi, et le rouge a lèvres.
Tendant l'oreille, elle prit les deux, fila jusqu'à sa chambre, sur la pointe des pieds, et s'en étala sur le visage, traçant une trace écarlate sur ses lèvres. Maladroits, les traits devenaient tragiques. Mais elle ne le savait pas, elle. Alors, fière et gazouillante, du haut de ses neuf ans, elle courut le montrer a maman.
Maman était nue, et flottait sous l'eau, elle adorait faire ça. La petite fille plongea une main dans l'eau, et poussa le ventre de maman. Mais maman ne bougeait toujours pas. Ce n'était pas bien grave, la petite fille avait tout son temps.
Patiente, elle s'assit sur le carrelage, a côté du beau tailleur en soie, et des talons vernis. Il y avait là une papillote en papier, très jolie, noire et rouge.
Joueuse, la petite fille attrapa le papier multicolore, et entreprit de le déplier. Il était humide, elle ne voulait pas le déchirer, et ses gestes étaient lents.
Soudain, un pli céda, révélant un petit tas de poudre blanche, qu'elle s'empressa de gouter, trempant son doigt mouillé dedans. C'était a maman, ça ne pouvait qu'être bon. En fait, c'était amer, mais c'était a maman, alors elle se força, ça la rapprocherait sans doute de la figure inaccessible.

Lassée d'attendre l'émergence de maman, elle décida d'attendre dans le salon. Comme il n'y avait personne, elle remit du rouge, qui était parti avec la poudre, et put sauter sur le canapé. Elle sentait sa tête qui commençait a tourner, et son canyon, où elle était toujours sauvée par son cow-boy de père, le vide entre le canapé et la table basse, était terriblement réaliste d'un coup, rouge et profond.

Le sang lui battant aux tempes, elle se dit qu'elle pouvait aussi bien sauter dans le vide orangé, et rocheux, son héros la sauvait toujours des indiens après tout. Non, sauter n'était pas dangereux, alors elle sauta, le fond, le sol, si loin qu'elle ne le distinguait plus.
Mais la chute avait beau sembler infinie, le cow-boy ne venait pas. Quelque chose n'allait pas.
Elle s'écrasa au sol, le coin de la table de verre lui enfonça le crâne en un craquement ignoble, et son sang envahit la moquette hors de prix.

Elle ne comprenait pas.

vendredi 14 novembre 2008

La route du bonheur

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Cette route n'avait rien de particulier. C'était une route comme une autre, mais c'était la sienne. Ensoleillée, trop sans doute, long ruban d'un gris incolore, seule sans un paysage jaune, plat, sec, et stérile. Cela lui convenait. Le vent seul, soulevant des tourbillons de poussière aussi loin que portait le regard, aidait a garder la civilisation hors de la mer de sable. Elle se tenait là, en bord de route, avec toutes ses possessions. Rien en vérité, un sac poussiéreux, une boîte a chapeaux, et son violon. Mais c'était tout ce qui avait de l'importance. Sans doute avait-elle laissé le reste derrière elle, un jour. Hier peut-être? Il y avait des années? Avait-elle tout quitté, brusquement, ou s'était-elle dépouillée de chaque objet un a un, en un déchirement toujours renouvelé? Elle n'en savait rien elle même. Sa mémoire aussi elle l'avait quittée pour ce long périple. Mais si elle ne savait plus son nom, et avait si peu de vêtements, ce voyage l'habillait mieux que n'importe quelle parure, d'une expérience, d'une volonté, d'une création progressive d'un être nouveau.
Qui était-elle auparavant? Elle ne savait pas, elle n'était qu'elle, et personne d'autre, et présence d'un être précédent dans son corps lui était aussi indifférente que l'idée lui semblait incongrue. Elle ne savait d'ailleurs pas exactement qui elle était maintenant, qui peut prétendre se savoir soi-même? Mais elle savait qu'il avait cette route, et qu'elle devait bien aller quelque part, et cela lui suffisait.

Les voitures était rares, mais non exceptionnelles ici, et une heure de pouce levé plus tard, brandie contre la chaleur écrasante, la femme et son bagage furent engloutis dans une auto poussive qui disparut dans l'horizon.

Et c'était comme si elle n'avait jamais été de nouveau, nulle trace ne restait de celle qui avançait jour après jour vers une vie nouvelle.


mercredi 12 novembre 2008

Playing with words.

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Jouer avec les mots. Jeux mortels et terrifiants, spirales multiples et jouissives, tourbillon dérangeant. Yeux fous, accrochant le regard, criant quelque chose que vous ne comprenez pas. Nous même, on ne sait pas ce qu'on attend de vous. Si bien sûr, le tout, mais pas sans son contraire.
On croit jouer avec les mots, mais qui mène vraiment le jeu? Une fois la partie entammée, on s'aperçoit qu'il n'y a plus d'issue, et on se laisse emporter car il n'y a plus rien a perdre. Les mots nous prennent au corps, et on en tremble, les phrases nous dévorents de l'intérieur, morsures acides inguérissables, les livres nous laissent sans voix, sans plus rien pour écoper la noirceur de nos êtres. Et nous sommes piégés.
Mais qu'a cela ne tienne, on met quelques bandages, et notre plus beau sourire, pour vivre encore un peu, plus vite, plus fort, il n'y a plus grand chose a étirer, alors on brûle le reste dans un dernier feu d'artifice. Et on recommence.
Les mots, une fois qu'on commence, on voudrait qu'ils s'arrêtent, qu'ils disparaissent comme s'ils ne nous avaient jamais emplis, mais il est trop tard, alors. Et quand ils viennent a nous déserter, c'est bien pire encore, et on en redemande.

samedi 8 novembre 2008

Lorsque le Sage montre la Lune, l'imbécile regarde le doigt.


Peur d'un lendemain incertain, imprévisible, lunatique. Espoirs d'une vie nouvelle, fuite éperdue vers le futur, agrémentée de trop peu de présent, d'un mépris mélancolique du passé. Appréhensions sur une situation trop précaire, depuis trop longtemps. Espoirs a l'horizon, mais sont-ils si nouveaux?

La plume qui me nargue, qui me fuit, qui m'appelle, et m'abandonne, essoufflée. Qui m'use, qui crisse sur le besoin aigü que j'en ai, et qui se tord devant les pauvres mots sans liens, sans sens, sans beauté qui en sortent. Torture mutuelle. Manque et insatisfaction.

Envie de vivre pour moi, un peu. A trop réfléchir a mon impact sur les autres, je m'enferme, me lie les mains, m'attache a ce mur. Mais non, je comprends vos actions, moi. Comprenez les miennes.

Cordes absurdes qui me retiennent, quand je cours, qui me paralysent, alors que je me tends vers mon but.

Regards, bouteilles, pulsations cardiaques, bouchons, hoquets, explosions, réveils haletants, photos, dilemnes. Attraper une crampe, ou se pousser? Et la réponse est toujours la même, on le sait, pas vrai?

Alors ouais, mystérieuse attitude, M., parce que je le veux bien, et comprenne qui pourra.



« Bien sûr, avait dit le renard. Tu n'es encore
pour moi qu'un petit garçon tout
semblable
à cent mille petits gerçons. Et je n'ai pas besoin
de toi.
Et tu n'as pas besoin de moi non plus.
Je ne suis pour toi qu'un renard semblable
à cent mille
renards. Mais, si tu m'apprivoises, nous
aurons besoin l'un de l'autre.
Tu seras pour moi unique
au monde. Je serai pour toi unique au monde...
»
Le Petit Prince, de Saint-Exupéry.

You got me girl.