mardi 20 janvier 2009

Embarcation.

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« - Vogue, vogue, petit bateau, vogue loin, vogue vite, mais prends ton temps. Emporte moi, emporte mes rêves loin d'ici, allons file, et ne sombre pas, car tu m'emportes avec toi. »
Et le bateau blanc, si petit et fragile dans l'eau tumultueuse du torrent, qui le ballotait avec rage, bravait courageusement les tourbillons. Il ne coulait pas, malgré les essais acharnés de l'eau qui diluait le papier peu a peu, mais laissait un long sillage bleu marine derrière lui, tandis que les mots dont il était couvert se dissolvaient dans les rapides.

Tout avait commencé il y a deux ans, quand Sonia avait croisé Shane, le plus naturellement du monde. Le plus naturellement du monde, elle avait laissé tomber la boite d'haricots a côté du caddie, et le plus naturellement du monde, la boîte c'était brisée. Shane avait été la seule a le remarquer dans le magasin bondé, et elles avaient sympathisé, si naturellement que cela semblait devoir être.
Il se trouvait qu'elles allaient dans le même lycée depuis trois ans, mais aucune des deux n'avait cru bon de s'en apercevoir jusqu'à ce jour là. Un psychologue averti vous parlerait sans doute d'une conjecture favorable au rapprochement psychologique dans un environnement de stress, sans oublier d'artistiquement froncer ses sourcils derrière ses lunettes teintées de paranoïaque obsessionnel ... Mais nous, nous parlerons simplement d'une heureuse coïncidence.
Elles s'étaient donné rendez-vous pour une glace, le jour suivant, qui avait fini en cinéma, et quelques jours plus tard elles faisaient déjà leurs devoirs ensemble.
En un mot comme en cent, une semaine plus tard elles étaient meilleures amies. Que ce soit au lycée ou dans le village, elles étaient inséparables, et les habitants avaient pris l'habitude d'entendre leurs rires se mélanger dans la grande rue.
Mais tout n'était pas bleu sous le ciel provençal. Sonia savait que quelque chose en elle n'allait pas. Quelque chose entre elles n'allait pas. Quelque chose n'était pas naturel, quelque chose n'était pas normal, quelque chose la dérangeait.
C'était trop. Les amitiés comme celle-ci n'existaient que dans les bouquins et l'imagination fertile des idéalistes. Il ne fallait pas croire a de pareilles bêtises. Et puis, Shane lui manquait. Trop. Ça en devenait douloureux, et pourtant il ne se passait pas un jour sans qu'elles se voient.
Alors, Sonia alla de plus en plus mal, car elle ne comprenait pas.

Un jour pourtant, il fallut bien se rendre en l'évidence. Et l'évidence, quand elle frappa a sa porte, ne fit pas exception a son code personnel de conduite, et laissa la délicatesse au vestiaire. L'évidence frappa au printemps, en cours de biologie, et quand elle comprit, Sonia se plia en deux, comme frappée par un poignard. Elle était amoureuse.
Dix jours durant elle s'enferma dans sa chambre, ne sortant pas de son lit, enfouie sous sa couette moelleuse qui semblait pouvoir la protéger de tout. Oh, pas des larmes, bien sûr, encore qu'elle sut bien les taire et les sécher, mais tout du moins du monde extérieur. Elle traina ainsi, amorphe et abandonnée, comme un jouet désarticulé, ignorant les messages et les coups de sonnette. Shane ne comprenait pas, mais cela valait mieux. Elle avait tout détruit de son côté en réalisant, et préférait laisser des souvenirs agréables a Shane, plutôt que de les entacher de dégout, car c'est tout ce qui lui venait a l'esprit en y pensant. Elle demeura ainsi jusqu'à ce qu'elle s'aperçoive que cela ne menait a rien.
Sonia, résignée et amoureuse, pleine d'espoirs et de peurs, alla donc un matin chez Shane.
Elle sonna, comme elle avait l'habitude de le faire, mais le bruit de clochette faisait presqu'echo dans la maison tant il manquait quelque chose. Elle attendit plusieurs minutes, mais Shane n'était toujours pas là pour lui ouvrir, souriante et sautillante. Quelques temps après, c'est sa mère qui vint, un air étrange sur la figure, des poches cernées sous les yeux, un mouchoir a la main. Elle regarda longtemps Sonia, comme si elle ne comprenait pas ce que celle-ci venait faire là, et la jeune fille lui rendait son regard, désarçonnée par le silence de son vis a vis.
Mme Sharpens finit pourtant par parler.
« - Je suis désolée.
- Pourquoi? s'étonna Sonia perdue.
- Elle est passée sous un camion sur la grande route hier, en allant chez toi. »
Sonia tourna les talons, et regagna sa chambre en silence.

C'était le printemps dernier, un an avait passé. Pourtant, tous les dimanches elle venait encore là, poster sa lettre vers l'inconnu, vers l'au de là, peut-être même vers nulle part. L'important était juste de l'écrire, de plier le papier pour qu'il prenne la forme si courante du bateau en papier, et de le mettre a l'eau. Et le regarder partir.
Les mots pour celle qui ne reviendrait pas.


lundi 19 janvier 2009

Regards noirs.

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Il est minuit.
On n'est plus hier, on n'est pas demain.
Il est 00:00.
L'heure de tous les possibles.
L'heure de passer a autre chose.
L'heure qui n'en est pas une.
Un trou, un indéfini, un mystère, un entre deux.
L'heure de se demander: Et maintenant?

Les yeux grands ouverts dans le noir, peut-être débordants, peut-être souriants, qui sait, peut-être les deux, il ne verra pas, la lumière ne les atteint pas. Ils n'avoueront pas, dans le noir, ils ne le diront pas. Il est là, sans l'être. Pourtant il semble bloquer toute réflexion, tout raisonnement sensé. Pourtant il ne faut pas.
Les yeux grands ouverts.




PS: Cher(s) commentateur(s)/trice(s) anonyme(s), cessez donc de vous cacher.
Je ne mords pas. Sans doute pas.

vendredi 9 janvier 2009

Regards perdus.

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Le village baignait dans une éclatante atmosphère estivale. Les grands s'étalaient sur des chaises longues, ou se rafraîchissaient dans le café, tandis que les petits couraient partout en jouant a cache-cache, criant et riant de leurs voix aigrelettes. L'ombre se faisait rare, et les glaçons semblaient apparaître de nulle part.
Les petites ruelles tortueuses raisonnaient de joie, et même les chiens ne posaient plus qu'un regard paresseux sur les chats ronronnant a l'ombre des arbres fruitiers.
Sandy jouait dans le jardin quand le petit garçon vint a passer. Les feuilles étaient vertes et le pommier fleurissait, l'air était doux, et une légère brise agitait les branchages.
«- Eh!
- Salut!
- Tu viens jouer?
- Nan ... J'fais un château!
- Oh ... J'peux t'aider?
- Nan! C'est le mien!»
Alors le petit garçon s'assit a côté et regarda, fasciné, l'édifice se construire. Mais bientôt, quelqu'un l'appela, et il partit, promettant a la petite fille que si elle passait chez lui, il serait là, il l'attendrait.
La petite fille continuait son château, en s'appliquant beaucoup, mais les tours ne voulaient pas tenir, le sable était trop sec sous le soleil d'été. Alors, la petite fille s'énerva, et sauta a pieds joints sur son oeuvre. La vision du tas de sable dispersé la mit en colère, et elle bouda sur sa balançoire, battant des pieds, imaginant milles choses dans les ombres mouvantes.
Elle finit par se lever, donner un coup de pied dans le pommier, qui lui fit mal au pied, et s'en aller de l'autre côté de la rue.
Elle sonna, plusieurs fois, mais le petit garçon ne répondait pas.
Elle retourna a ses jeux, mais régulièrement elle tournait la tête vers le portail, qui demeurait pourtant rigoureusement immobile.
Quelques jours plus tard, alors qu'une pluie abondante assiégeait la région, attaquant les fenêtres, coulant en cascade depuis le toit, sous les grands yeux pensif de Sandy, qui ne bougeait pas du rebord, quelqu'un sonna.
La fillette courut ouvrir, et c'était Luc.
Ils allèrent sous leur cabane, dans le jardin, sous les bâches, et ils jouèrent aux milles jeux d'enfants qu'on ne comprend pas. Ils jouèrent longtemps, tandis que la pluie cognait le sol, ruisselait sur l'herbe, mouillait leurs vêtements. Ils jouèrent longtemps, mais soudain Sandy demanda ...
«- Au fait, où étais tu l'autre jour?
- Quand ça?
- Tu sais, le jour où tu es venu ... Je suis passée, un peu plus tard, mais j'ai eu beau frapper, personne ne répondait.
- Oh je ... Ça devait être Emily, j'ai joué avec elle un peu, vu que tu ne voulais pas jouer avec moi.
- Ah. Mais tu m'avais dit que tu m'attendrais?
- Je ne savais pas que tu viendrais.
- Ah. Alors c'est comme ça que tu attends. Je m'en doutais.»
Et Sandy partit.


mardi 6 janvier 2009

Désillusions.

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La réponse est non. Elle n'était pas faible, elle était tout le contraire. Elle était sincère.
Mais ce qui fut un jour une qualité n'apporte clairement rien de bon de nos jours.