
Jeter l'assiette contre le mur, pour la beauté du geste, pour l'explosion sonore, pour le sublime tableau des morceaux a mes pieds. Se laisser briser en mille tessons, juste pour se voir au sol, éparpillée, irréparable, image d'une beauté douloureuse et frappante.
Te laisser me faire mal, encore, pour voir mon rictus dans le miroir et se dire que c'est moi, te laisser me faire mal encore, pour voir la larme couler et contempler ses reflets.
Parce que c'est d'une beauté inoubliable, inavouable, cette destruction, n'est ce pas? C'est d'une beauté que la plupart ne verront pas.
Et on a beau ployer au moindre souffle, au moindre murmure imaginaire, on a beau raser terre a chaque mot, on ne casse pas, toujours sur le fil, mais jamais au delà, équilibre improbable, instable et fragile et pourtant si durable.
On étire nos douleurs, on les sculpte, on les affûte, on les trempe dans l'encre et on les pose sur les feuilles. On les conserve, on les prolonge, on les caresse, car après votre départ ce sont les seules traces qui nous restent de vous.
On chérit nos blessures, comme on vous chérissait jadis, et elles ne se referment jamais vraiment, juste un peau, sur la peau, dans longtemps, mais elles sont toujours prêtes a rouvrir leurs gueules béantes qui vous terrifient et nous rassurent.
On est ravagés, le sourire aux lèvres, fiers de voir a quel point on saigne et constater qu'on tient encore debout.
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