Pour Anna P.
Elles s'étaient rencontrées au détour d'un verre, d'un cachet ou d'une ligne. Elle ne savaient plus. Après tout, quelle importance? Lisbeth aimait la drogue, et Luna aimait Lisbeth. Cela n'empêchait évidemment pas que leur passion soit dévorante, ça leur donnait juste des accents désespérés d'ongles arrachés sur un trottoir.
Leurs joues dégoulinantes de Rimmel illuminaient les rues parisiennes, occultant les réverbères sous la lueur blafarde de la lune. Lisbeth pleurait dans ses descentes, et Luna pleurait de peur, d'amour et de rejet. Alors elle consomma aussi, et le rejet s'estompa. D'une étrange façon, aberrante, hallucinatoire, hallucinée, elle se fit aimer.
On ne les voyait plus l'une sans l'autre, et sans leurs chairs marquées par leurs violences ensanglantées, plaies ouvertes sur lesquelles elles versaient des litres entiers d'alcools bizarres et inconnus, aux goûts qu'elle ne sentaient même pas sur leurs langues anesthésiées.
Mais il y a toujours une qui aime, et l'autre qui se laisse aimer, et les sourires de Luna n'étaient pour un oeil avisé rien d'autre que des rictus. Lisbeth le savait, mais elle ne le montrait pas, bien sûr, comme elle ne montrait pas qu'elle n'étais pas insensible a sa détresse.
Et pourtant ça la bouffait aussi sûrement que la cocaïne lui dévorait les dents. Il lui arrivait désormais de se réveiller avant midi, et de faire les cent pas, comme un lion en cage, passant compulsivement sa main dans ses longs cheveux bruns ébouriffés. Il lui arrivait de ne plus faire le mur la nuit, et de rester seule dans sa chambre, seule avec son insomnie, a contempler son téléphone et vidant paquet de cigarettes sur paquet de cigarettes.
Et Luna bien sûr ne comprenait pas, et échafaudait mille hypothèses scabreuses, et devenait boudeuse. Elles étaient entraînées dans un tourbillon fatal, un cercle vicieux, amoureux, auquel ni l'une ni l'autre ne pouvait échapper.
Ce que Luna ne savait pas sur Lisbeth qui ne se l'avouait pas, c'est qu'elle ne voulait qu'un sourire sur les lèvres du fantôme qu'elle avait créé. Elle avait détruit Luna, et tout ce qu'elle voulait c'était ressusciter les bonheurs qu'elle avait oublié. Elle n'était un monstre que pour elle même et les apparences. En réalité elle n'était qu'un autre ange déchu.
Alors une nuit, au milieu d'une pluie sombre de mascara, Luna gravit le chêne qui poussait sous la fenêtre de Lisbeth et poussa la fenêtre, entrant dans une secousse de cheveux blonds.
Prise de court, Lisbeth attrapa son couteau et traça deux traits rapides sur les joues de son aimée.
Alors, Luna sourit pour la première fois.
2 commentaires:
mon Dieu la fin...
"Mais il y a toujours une qui aime, et l'autre qui se laisse aimer, et les sourires de Luna n'étaient pour un oeil avisé rien d'autre que des rictus. " j'ai beaucoup apprécié cette partie. très fine, très juste.
au fait c'est moi l'anonyme de l'écrit précédent et du commentaire sur celui-ci :S
j'ai un peu de mal avec les comm' ici :$
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