Ou pas, se disait elle, descendant la rue, nonchalante. Sauf que si bien sûr. On avait beau s'en cacher, s'enfuir, s'en défaire, il revenait toujours le sentiment lancinant, croisement étrange et contre nature de moustique bourdonnant et boule au ventre obsédante.
Enfin pour l'instant elle ne savait pas encore. Elle croyait dur comme son cœur de pierre blindé qu'elle y échapperait. Alors elle ne se dépêchait pas. Toute a la fumée de sa cigarette sous le ciel ensoleillé, elle n'entendit pas pédaler et fut surprise de se faire dépasser en coup de vent par un vélo déglingué.
Alors c'était lui le créateur de tout ce bruit de féraille? Ça paraissait démesuré. D'ailleurs ça l'était. Il n'empêche, dans un sens il avait du cachet ce vieux vélo tout écaillé, dépareillé, familier peut-être. Ou pas.
Elle ne savait pas, alors elle rajusta ses lunettes de soleil et s'acheta une glace. Le délicieux parfum de cassis suffit a la distraire un bon moment, et elle aurait pu oublier l'incident.
Elle aurait pu, sans doute, si le vélo n'avait pas eu l'incongrue idée de la re-croiser dans le parc en compagnie de son propriétaire a casquette. Ils allaient bien ensemble, en fait. Ça avait de la gueule. Seulement ça n'allait pas, c'était injuste. On ne peut décemment oublier ce qui se trouve sous notre nez.
D'hasard en hasard, se croiser devint une habitude tacite, une rituel silencieux. Le vélo cliquetait bien quelque peu, et le garçon murmurait parfois des propos décousus, mais dans l'ensemble on pouvait encore dire que les apparences étaient sauves.
Cependant, un jour que la jeune fille ne les apercevait pas, le vélo eut l'idée étrange de buter sur une pierre, déclenchant par le choc le bruit aigrelet de la sonnette. Et c'est ce jour là que devant son air ahuri, le garçon parla. Préciser qu'elle se tut en passant son chemin semble superflu.
Elle continua a se taire longtemps, tant qu'elle le voyait, mais un jour qu'elle ne l'aperçut pas, dans son dos, elle cria.
Ou pas.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire