mercredi 18 février 2009

Baises-moi, tues-moi, mais dis moi que t'aimes ça. Demandes moi si ça va.

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Effet miroir, disaient les naïfs, insensible, disaient les cyniques, actrice, disaient les philosophes, différente, disaient-ils tous, avant de dire que c'était une fille facile. Hypocrites, tous, ils n'étaient qu'une bande d'hypocrites, comme si ils ne s'étaient pas tous vantés pendant des mois d'avoir seulement pu l'approcher, la toucher, la baiser. Et ils cherchaient tous les mots derrière les mots, et les pleurs derrière les sourires, et les sourires derrières les pleurs. Et ils pensaient vraiment qu'elle était autre chose que ce qu'elle laissait paraître. Ce qui ne manquait pas d'une certaine vérité, mais leur quête ne faisait rien d'autre que donner une vie a ses façades qui auraient pu n'être illusoires.
Ils la pressaient de questions, ils la couchaient dans d'innombrables sofas, ils la décortiquaient, ils la pelaient comme une orange, ils la déshabillaient, de leur regard cupide, concupiscent, comme de leurs voix impersonnelles, ils lui arrachaient ses vêtements comme ses pensées les plus profondes, comme elle se pelait la peau dans le doux refuge des toilettes derrière la sécurité du verrou. Sauf que son cul, il n'était guère compliqué de l'atteindre, une main un peu plus courageuse qu'une autre, un regard qu'elle voulait croire, ou juste le verre de trop payé. Elle s'en foutait, en fait. Elle leur laissait lui arracher ses robes et sa peau pour les occuper juste encore un peu plus longtemps a autre chose qu'a ses mots. Alors elle mentait, elle leur rendait leurs regards vides, leur soufflait a la tête sa fumée entêtante, elle les fixait sans rien dire, et a force de mentir, oubliait sa vérité.
Son paraître envahissait, grignotait son être, lentement, comme la lèpre avait dévoré son arrière grand-mère. Et elle en tirait une sombre joie, une joie jouissive, une joie malsaine, en se disant que bientôt il ne lui resterait plus rien a leur cacher, et que peut-être alors on lui foutrait la paix. Sauf qu'il était trop tard, elle était perdue, sa différence l'avait irrémédiablement perdue, sa banalité ne faisait qu'enfoncer le clou.
Sa frange, la fumée de ses cigarettes ne suffisait plus a la cacher au reste du monde, elle était devenue le centre de leurs regards dépourvus de la moindre empathie. La perversion l'entourait, la cernant de tous les côtés, et elle lui avait peu a peu cédé le pas, et appris a tirer plaisir de leur attention. Et elle ne pouvait plus s'en passer, alors quelle que soit l'extrémité a laquelle il fallait qu'elle recoure, il ne se passait plus une soirée sans que son entrée sur talons aiguille ne provoque mille chuchotements précipités. Et elle s'y vautrait, elle s'y plaisait, elle s'en satisfaisait. Leur jeter poudres et paillettes a la figure suffisait la plupart du temps a éloigner leurs bourdonnantes interrogations. Les plus agaçants étaient encore ceux qui croyaient la comprendre, eux et leur air pénétré et leurs leçons de morale a deux balles.
Et un jour l'un d'eux lui avait dit, tu n'osera pas, et il y croyait, pauvre petit fou, et bien sûr qu'elle osait tout, elle ne faillait pas a son rôle. Son rôle qui était son seul habit, son rôle qui lui collait a la peau, son rôle qui était son seul secret, la seule chose vraiment a elle.
Alors elle avait osé, en cette aube brumeuse, et elle avait enjambé le Pont-Neuf, dans sa robe noire, dans son rouge a lèvres rouge sang, dans son air de défi, et elle s'était enfuie.



1 commentaire:

Anonyme a dit…

je tombe sous le charme de tes écrits, c'est violent et prenant! j'aime.
je reviendrais à une heure plus raisonnable.