dimanche 8 février 2009

Le plus familier des inconnus.

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Il était celui que personne ne connaissait. Ni n'avait envie de connaître. Il était celui que personne ne voyait. Il était celui que l'on croisait tous les jours a la boulangerie, dans la rue. Mais on n'aurait su le distinguer parmi cinquante de ces semblables. On n'aurait su dire "C'est lui, ce n'est personne d'autre." On ne le disait pas, du coup. On ne disait rien. On lui offrait silence et ignorance. On lui offrait l'indifférence.
C'est pour ça qu'apprendre a le connaître était si ravageur, si inattendu, si déchirant. Il était l'inconnu. A force de ne le distinguer en rien, on l'imaginait pareil aux autres, et on n'aurait pu avoir plus tort. On ne savait pas pourquoi. Mais c'était comme ça.
Alors le jour ou par un hasard incongru l'on se retrouvait a parler avec cet homme étrange, extraordinairement ordinaire, on s'en retrouvait écrasé. Il était tellement différent qu'on ne pouvait le voir que pareil. On ne comprenait pas .
Elle ne le comprit pas non plus. Pourtant, le vague, ou la mer entière a l'âme, elle s'enfonça en lui, elle se pressa contre lui, elle le retint, en un geste insensé, inconscient, irrationnel. Elle voulut le boire tout entier. Et pourtant elle n'aurait su lire sur sa figure: la voulait-il seulement? Voulait-il de sa présence fantomatique a ses côtés? Elle s'accrocha pourtant. Elle le but jusqu'à la lie, sans jamais le comprendre. Il était trop loin de tout ce qu'on lui avait appris, de tout ce qu'elle avait pu voir.

Elle passa des journées entières a le suivre, des nuits entières a le regarder dormir, des soirées entières a tenter d'attirer son attention. La délicate nuance grise de ces cernes, qui auparavant relevait son regard vert vira au violet vif, la défigurant un peu, tandis que ses yeux s'enfonçaient dans leurs orbites. La voyait-il seulement vraiment? La voyait-il seulement changer, plonger? Voulait-il seulement la voir, la comprendre? Peut-être, peut-être pas, personne n'aurait pu le dire. Ses marques d'affections paraissaient aussi dépourvues de justification que leurs manifestations étaient absurdes. Son absence, son aveuglement aussi, étaient tout aussi incompréhensibles, plus encore que sa volonté de toujours échapper a ses yeux inquisiteurs, curieux, que la tristesse voilait chaque jour encore plus.
Personne ne pouvait lui dire pourquoi il était ainsi. Ses raisons n'étaient que siennes, et personne ne pouvait les percer.
Et le mystère engloutissait de plus en plus Malia, elle se plongeait dans ses méandres sombres, avec délices, se repaissant avidement de l'absence de réponse, de l'accumulation de question, elle se noyait dans ces reflets et ses visions hypnotisantes, sublimantes. Elle l'idéalisait, sans doute. Ou peut-être pas. Même lui n'aurait pu répondre sans doute. Encore que personne ne lui ait posé la question.
Elle voulait l'absorber, toujours plus. A chaque question qui demeurait sans réponse son désir de rester était plus indiscutable, plus fort, plus insurmontable. Sa voix montait plus souvent dans les aigus ces derniers jours, ses joues goutaient plus souvent a ses larmes salées tandis que sa langue recueillait les gouttes égarées. et sa passion n'en perdait rien, dans un ballet morbide, une fascination obsédante.

Un jour il sortit pour aller marcher sur la plage, un peu pour lui échapper, sans doute. Il marcha, longtemps, plongeant ses orteils nus dans le ressac bruyant, et le sable fuyant sans entendre le pas léger qui l'avait suivi cette nuit là. Il marcha longtemps avant de s'assoir sur un ponton, les chevilles plongées dans l'eau fraîche et ses sombres méandres. Malia s'accroupit non loin, hors de sa vue, derrière son dos, les orteils plongés dans les galets coupants, les cheveux lui tombant dans les yeux, cachant son regard.
Il se plongea lentement dans l'eau, et disparut. Elle se leva et le suivit, les orteils en sang accueillant avec soulagement la brûlure amère du sel.
Ils disparurent. On ne les revit jamais.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

"extraordinairement ordinaire d'apparence, on s'en retrouvait écrasé. Il était tellement différent qu'on ne pouvait le voir que pareil. On ne comprenait pas ."
ton style a ce côté obsessionnel que j'aime tant. enfin je me comprends.