Le village baignait dans une éclatante atmosphère estivale. Les grands s'étalaient sur des chaises longues, ou se rafraîchissaient dans le café, tandis que les petits couraient partout en jouant a cache-cache, criant et riant de leurs voix aigrelettes. L'ombre se faisait rare, et les glaçons semblaient apparaître de nulle part.
Les petites ruelles tortueuses raisonnaient de joie, et même les chiens ne posaient plus qu'un regard paresseux sur les chats ronronnant a l'ombre des arbres fruitiers.
Sandy jouait dans le jardin quand le petit garçon vint a passer. Les feuilles étaient vertes et le pommier fleurissait, l'air était doux, et une légère brise agitait les branchages.
«- Eh!
- Salut!
- Tu viens jouer?
- Nan ... J'fais un château!
- Oh ... J'peux t'aider?
- Nan! C'est le mien!»
Alors le petit garçon s'assit a côté et regarda, fasciné, l'édifice se construire. Mais bientôt, quelqu'un l'appela, et il partit, promettant a la petite fille que si elle passait chez lui, il serait là, il l'attendrait.
La petite fille continuait son château, en s'appliquant beaucoup, mais les tours ne voulaient pas tenir, le sable était trop sec sous le soleil d'été. Alors, la petite fille s'énerva, et sauta a pieds joints sur son oeuvre. La vision du tas de sable dispersé la mit en colère, et elle bouda sur sa balançoire, battant des pieds, imaginant milles choses dans les ombres mouvantes.
Elle finit par se lever, donner un coup de pied dans le pommier, qui lui fit mal au pied, et s'en aller de l'autre côté de la rue.
Elle sonna, plusieurs fois, mais le petit garçon ne répondait pas.
Elle retourna a ses jeux, mais régulièrement elle tournait la tête vers le portail, qui demeurait pourtant rigoureusement immobile.
Quelques jours plus tard, alors qu'une pluie abondante assiégeait la région, attaquant les fenêtres, coulant en cascade depuis le toit, sous les grands yeux pensif de Sandy, qui ne bougeait pas du rebord, quelqu'un sonna.
La fillette courut ouvrir, et c'était Luc.
Ils allèrent sous leur cabane, dans le jardin, sous les bâches, et ils jouèrent aux milles jeux d'enfants qu'on ne comprend pas. Ils jouèrent longtemps, tandis que la pluie cognait le sol, ruisselait sur l'herbe, mouillait leurs vêtements. Ils jouèrent longtemps, mais soudain Sandy demanda ...
«- Au fait, où étais tu l'autre jour?
- Quand ça?
- Tu sais, le jour où tu es venu ... Je suis passée, un peu plus tard, mais j'ai eu beau frapper, personne ne répondait.
- Oh je ... Ça devait être Emily, j'ai joué avec elle un peu, vu que tu ne voulais pas jouer avec moi.
- Ah. Mais tu m'avais dit que tu m'attendrais?
- Je ne savais pas que tu viendrais.
- Ah. Alors c'est comme ça que tu attends. Je m'en doutais.»
Et Sandy partit.
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