Cette route n'avait rien de particulier. C'était une route comme une autre, mais c'était la sienne. Ensoleillée, trop sans doute, long ruban d'un gris incolore, seule sans un paysage jaune, plat, sec, et stérile. Cela lui convenait. Le vent seul, soulevant des tourbillons de poussière aussi loin que portait le regard, aidait a garder la civilisation hors de la mer de sable. Elle se tenait là, en bord de route, avec toutes ses possessions. Rien en vérité, un sac poussiéreux, une boîte a chapeaux, et son violon. Mais c'était tout ce qui avait de l'importance. Sans doute avait-elle laissé le reste derrière elle, un jour. Hier peut-être? Il y avait des années? Avait-elle tout quitté, brusquement, ou s'était-elle dépouillée de chaque objet un a un, en un déchirement toujours renouvelé? Elle n'en savait rien elle même. Sa mémoire aussi elle l'avait quittée pour ce long périple. Mais si elle ne savait plus son nom, et avait si peu de vêtements, ce voyage l'habillait mieux que n'importe quelle parure, d'une expérience, d'une volonté, d'une création progressive d'un être nouveau.
Qui était-elle auparavant? Elle ne savait pas, elle n'était qu'elle, et personne d'autre, et présence d'un être précédent dans son corps lui était aussi indifférente que l'idée lui semblait incongrue. Elle ne savait d'ailleurs pas exactement qui elle était maintenant, qui peut prétendre se savoir soi-même? Mais elle savait qu'il avait cette route, et qu'elle devait bien aller quelque part, et cela lui suffisait.
Les voitures était rares, mais non exceptionnelles ici, et une heure de pouce levé plus tard, brandie contre la chaleur écrasante, la femme et son bagage furent engloutis dans une auto poussive qui disparut dans l'horizon.
Et c'était comme si elle n'avait jamais été de nouveau, nulle trace ne restait de celle qui avançait jour après jour vers une vie nouvelle.
1 commentaire:
drole d'univers que le tiens emprunt d'une certaine et douce noiceur! les textes sont poetiques et on le merite de faire voyager un peu l'ame et la pensée. ca change de ce qu'on voit.
et comme j'aime bien le petit prince j'ai aussi choisi un passage
"Et je compris ce qu'il avait cherché !
Je soulevais le seau jusqu'à ses lèvres .
Cette eau était bien autre chose qu'un aliment .
Elle était née de la marche sous les étoiles ,
du chant de la poulie ,
de l'effort de mes bras ,
elle était bonne pour le coeur comme un cadeau .
- Ce que cherchent les hommes de chez toi , dit le petit prince ,
pourrait être trouvé
dans une seule rose
ou un peu d'eau .
Les yeux sont aveugles , il faut chercher avec le coeur"
Enregistrer un commentaire