lundi 17 novembre 2008

Abîme infini.


Maman prenait un bain, et la petite fille en profitait pour fouiller dans le grand sac en cuir, comme elle aimait tant a le faire. On y trouvait toujours toutes sortes de choses passionnantes: des bonbons, le téléphone, qu'elle détestait, qui la privait toujours de maman, des choses dont elle ne connaissait pas l'utilité, qu'elle ne se lassait pas de contempler, d'ouvrir, de fermer, triturer. Il y avait le poudrier, aussi, et le rouge a lèvres.
Tendant l'oreille, elle prit les deux, fila jusqu'à sa chambre, sur la pointe des pieds, et s'en étala sur le visage, traçant une trace écarlate sur ses lèvres. Maladroits, les traits devenaient tragiques. Mais elle ne le savait pas, elle. Alors, fière et gazouillante, du haut de ses neuf ans, elle courut le montrer a maman.
Maman était nue, et flottait sous l'eau, elle adorait faire ça. La petite fille plongea une main dans l'eau, et poussa le ventre de maman. Mais maman ne bougeait toujours pas. Ce n'était pas bien grave, la petite fille avait tout son temps.
Patiente, elle s'assit sur le carrelage, a côté du beau tailleur en soie, et des talons vernis. Il y avait là une papillote en papier, très jolie, noire et rouge.
Joueuse, la petite fille attrapa le papier multicolore, et entreprit de le déplier. Il était humide, elle ne voulait pas le déchirer, et ses gestes étaient lents.
Soudain, un pli céda, révélant un petit tas de poudre blanche, qu'elle s'empressa de gouter, trempant son doigt mouillé dedans. C'était a maman, ça ne pouvait qu'être bon. En fait, c'était amer, mais c'était a maman, alors elle se força, ça la rapprocherait sans doute de la figure inaccessible.

Lassée d'attendre l'émergence de maman, elle décida d'attendre dans le salon. Comme il n'y avait personne, elle remit du rouge, qui était parti avec la poudre, et put sauter sur le canapé. Elle sentait sa tête qui commençait a tourner, et son canyon, où elle était toujours sauvée par son cow-boy de père, le vide entre le canapé et la table basse, était terriblement réaliste d'un coup, rouge et profond.

Le sang lui battant aux tempes, elle se dit qu'elle pouvait aussi bien sauter dans le vide orangé, et rocheux, son héros la sauvait toujours des indiens après tout. Non, sauter n'était pas dangereux, alors elle sauta, le fond, le sol, si loin qu'elle ne le distinguait plus.
Mais la chute avait beau sembler infinie, le cow-boy ne venait pas. Quelque chose n'allait pas.
Elle s'écrasa au sol, le coin de la table de verre lui enfonça le crâne en un craquement ignoble, et son sang envahit la moquette hors de prix.

Elle ne comprenait pas.

2 commentaires:

Jude a dit…

De la tristesse de rencontrer l'infini, du bonheur de le rencontrer aussi. Touchant par ses mamans, horrible par son innocence. J'aime ce que tu écris, c'est ainsi et surtout en ce moment.

Jude, love.

Anonyme a dit…

Magnifique.. Je trouve un petit moment de libre, je lis ce que tu fais.